Le commerce a joué un rôle particulièrement actif dans les mutations spatiales de nos villes, et il a évolué dans un certain climat de « chaos » où plusieurs acteurs aux intérêts divers se sont efforcés de répondre à la nouvelle société qui se mettait en place et que Jean Baudrillard appelait société de consommation. Ainsi, dans les dernières décennies, la mondialisation des marchés a favorisé le développement de grands groupes économiques et par conséquent, la concentration des ventes dans un nombre réduit d’entreprises. Par ailleurs, le consommateur, plus informé et mieux formé, est devenu plus individualiste et exigeant: son choix est plus rationnel, même s’il reste parfois très influencé par les stratégies, d’ordre émotionnel ou autres, que les grandes entreprises utilisent pour l’attirer. Les habitudes de consommation ont elles aussi évolué. L’achat est aujourd’hui lié au loisir et le consommateur veut être à l’aise dans l’environnement commercial. Dans ce contexte, le commerçant indépendant se trouve dans l’incapacité d’offrir tous les services que le consommateur attend de lui. Or, le commerçant est connu pour son individualisme et c’est là le principal écueil pour le maintien de ces petites et moyennes entreprises qui sont porteuses de la diversité et de la différentiation de nos villes.
Ainsi, aujourd’hui les changements dans la demande sont entrain d’ouvrir une nouvelle étape de grands changements dans le commerce de détail. On peut même parler d’une certaine crise dans la grande distribution, inadaptée à une société d’individus qui ne peut pas être définie de façon monolithique. Ainsi, de nouvelles opportunités s’ouvrent pour le commerce urbain. La grande distribution redécouvre la ville en s’adaptant aux changements de la demande. Mais, qu’en est-il des commerçants indépendants ? Certains d’entre eux s’incorporent aux nouveaux centres commerciaux qui plagient la ville dans leur décor (rues, places, etc.), laissant de grandes zones de la ville sans équipements commerciaux, d’autres quittent leur magasin pour prendre une franchise d’une grande marque, ce qui aboutit à une homogénéisation du paysage urbain et à une blessure mortelle pour le tissu productif local. Enfin, il y a ceux qui se battent pour continuer, de façon isolée ou au sein d’associations de commerçants traditionnelles «marqués du sceau de leur revendication». Celles-ci sont condamnées à disparaître; enfin, ceux qui, développent des associations zonales ou spatiales, plus ou moins encouragées par les acteurs publics de la ville, pour tenter d’assurer l’ensemble des services que le consommateur actuel, plus individuel et exigeant, attend d’eux.
Ce nouvel associationnisme commercial veut être la réponse à la survie des commerçants indépendants ainsi que le point de départ à la revitalisation d’un territoire donné. Ainsi, les administrations publiques qui agissent dans ce même territoire sont également très intéressées par cette nouvelle démarche des commerçants indépendants. Désormais, nous devons réfléchir en parallèle à la ville et à l’activité commerciale. La création d’un partenariat public-privé entre les commerçants, (une fois que l’association de commerçants est bien organisée et a une représentativité) et les pouvoirs publics constitue un cadre de travail pour rendre le territoire plus attractif dans tous les aspects (qualité de vie des habitants, investissements économiques, tourisme, etc.). Il s’agit donc d’une nouvelle identité pour l’associationnisme commercial, basée sur le projet urbain à bâtir avec le reste des acteurs locaux. Mais il serait naïf de penser que ces associations sont exemptes de défauts. Le marketing territorial auquel elles aboutissent peut entraîner des effets pervers. Citons par exemple certaines erreurs observées à Barcelone et ailleurs: problèmes organisationnels des partenariats public-privés, notamment dans les mécanismes de participation ; introduction massive de la publicité dans l’espace publique et dans la vie culturelle, provocant une homogénéisation des paysages urbains, etc. L’intense transformation urbaine menée depuis quelques années à Barcelone, à grands renforts de campagnes de promotion et d’événements majeurs (voir la transformation urbaine qui a accompagné l’organisation de l’évènement « Forum de les cultures » en 2004), n’a pas échappé à ces problèmes. Ainsi, la reconnaissance internationale et l’exportation du « modèle Barcelone » à des villes italiennes, portugaises et latino-américaines (voir la conception du nouveau centre urbain de la ville belge d’Oostende) ne signifie pas que cette expérience soit exempte de conflits et de limitations puisque la rénovation de certaines aires a engagé un processus de changement social, ainsi que la destruction de l’identité, notamment l’identité industrielle de la « Manchester catalane ». Cependant, nous sommes de l’avis que « le champ de la participation et de la gouvernance laisse ouvert un chemin pour le contrôle politique et ainsi reconduire le processus de construction urbaine » (HALL et HUBBARD, 1996, « The entrepreneurial city: new urban politic, new urban geographies?»)


Colomiers,
dans la métropole toulousaine
Reyneri,
dans la métropole toulousaine


Nouvel espace urbain à côté du Canal du Midi (Boulevard des Minimes, Toulouse)